« Je ne sais pas quoi faire. »
« Je suis perdu (e) ».
« Je commence une formation et j’abandonne. »
« Je ne sais même plus ce que je veux. »
« Est-ce que je dois choisir un métier qui me plaît ou un métier qui paie bien ? »
« Et avec l’intelligence artificielle, est-ce que mon futur métier existera encore ? »
Ces questions sont de plus en plus présentes chez les étudiants et les jeunes adultes. Choisir une formation, construire un projet professionnel et imaginer son avenir peuvent devenir particulièrement difficiles lorsque l’on a l’impression que les possibilités sont trop nombreuses et que chaque décision risque de déterminer toute notre vie.
Pour certains, cette période s’accompagne d’une succession de formations commencées puis abandonnées. Pour d’autres, elle prend la forme d’une hésitation permanente : continuer ses études, changer de filière, chercher un emploi, reprendre une formation ou prendre simplement le temps de réfléchir.
Mais être perdu dans son orientation ne signifie pas nécessairement ne pas avoir de projet. Parfois, cela signifie simplement que le projet n’est pas encore suffisamment construit.
« Je suis perdu (e), je ne sais pas ce que je veux »
On demande très tôt aux jeunes de savoir ce qu’ils veulent faire. Au collège, au lycée puis à l’université, il faut choisir une orientation, une spécialité, une formation, parfois un métier. Pourtant, se connaître suffisamment pour faire ces choix demande du temps. Comment savoir à 18, 20 ou 22 ans ce que l’on voudra faire pendant plusieurs décennies ? Certaines personnes ont une idée très précise de leur avenir. D’autres changent plusieurs fois de direction. Certaines découvrent leur domaine professionnel après plusieurs expériences.
Il n’existe donc pas nécessairement un âge auquel nous sommes censés avoir « trouvé notre voie ». Le problème apparaît parfois lorsque l’on interprète cette incertitude comme une preuve d’échec : « Tout le monde sait ce qu’il veut sauf moi. » ; « J’ai déjà changé deux fois, donc je suis incapable de tenir quelque chose. » ; « J’ai perdu du temps. »...
Ces pensées peuvent renforcer l’angoisse et rendre encore plus difficile la prise de décision.
Commencer une formation puis l'arrêter : que signifie cette répétition ?
Lorsqu’une personne commence plusieurs formations et les abandonne, il peut être tentant de conclure qu’elle manque de motivation ou de sérieux. Pourtant, il est intéressant de regarder ce qui se passe entre le moment où elle choisit une formation et celui où elle décide de l’arrêter. Pourquoi cette formation avait-elle été choisie ? Qu'est-ce qui avait attiré la personne ? Qu'est-ce qui a changé ensuite ? Est-ce le contenu des études qui ne correspondait pas aux attentes ? Les conditions de travail ? La peur de l’échec ? La difficulté à se projeter ? Une pression familiale ? Une comparaison avec les autres ? La découverte que l’image que l’on avait du métier ne correspondait pas à la réalité ?
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Lire l'articleDeux personnes peuvent abandonner la même formation pour des raisons complètement différentes.
Il est donc important de ne pas considérer uniquement la décision finale, mais de comprendre le chemin qui y a conduit.
Choisir un métier qui plaît ou un métier qui paie bien ?
C’est une question particulièrement fréquente. D’un côté, nous pouvons avoir envie d’exercer une activité qui nous intéresse, qui correspond à nos valeurs ou dans laquelle nous pouvons nous sentir utiles. De l’autre, le travail permet de subvenir à nos besoins, de construire notre autonomie et de bénéficier d'une certaine sécurité financière. Opposer systématiquement « passion » et « argent » peut donc être réducteur. Un projet professionnel peut prendre en compte plusieurs dimensions :
- Ce qui nous intéresse.
- Nos valeurs.
- Nos conditions de travail souhaitées.
- Notre besoin de stabilité.
- Les perspectives professionnelles.
- La rémunération.
- L’équilibre entre vie personnelle et vie professionnelle.
- Les possibilités d’évolution.
Il n’existe pas nécessairement un métier parfait qui réunirait toutes ces dimensions.
L’enjeu peut plutôt être de réfléchir à ce qui est suffisamment important pour soi et aux compromis que l’on est prêt à accepter.
Et si je me trompais ?
La peur de se tromper peut devenir un véritable obstacle. Certaines personnes cherchent tellement à faire « le bon choix » qu’elles restent paralysées devant toutes les possibilités. Pourtant, une orientation n’est pas toujours une décision irréversible. Une formation peut permettre de découvrir un domaine. Un stage peut modifier une représentation. Un premier emploi peut révéler que certaines conditions nous conviennent davantage que d’autres. Nos expériences peuvent donc devenir des informations sur nous-mêmes.
« Ce domaine ne me correspond pas » est aussi une information.
« Je préfère travailler avec des personnes plutôt que seul » en est une autre.
« J’ai besoin d’un travail avec davantage d’autonomie » peut également devenir un élément important pour la suite.
L’objectif n’est donc pas forcément de trouver immédiatement la bonne réponse, mais de construire progressivement une représentation plus précise de ce qui nous convient.
L’arrivée de l’intelligence artificielle : une nouvelle source d’incertitude
À cette difficulté d’orientation s’ajoute aujourd’hui une question qui était beaucoup moins présente pour les générations précédentes :
« Est-ce que le métier que je choisirai existera encore demain ? ». L’évolution de l’intelligence artificielle peut susciter des interrogations légitimes concernant l’évolution de nombreux métiers et des compétences demandées dans le monde professionnel.
Certains jeunes peuvent alors avoir le sentiment qu’il devient impossible de se projeter : « À quoi bon de faire cinq années d’études si une IA peut faire mon travail ? »
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Lire l'articleCette inquiétude mérite d’être entendue, mais elle ne signifie pas qu’il serait possible de prévoir précisément l’avenir de chaque profession. Les métiers évoluent. Certaines tâches peuvent être automatisées ou transformées, tandis que de nouvelles compétences et de nouvelles fonctions apparaissent. La question peut donc progressivement se déplacer de : « Est-ce que l’IA va remplacer mon métier ? » vers : « Comment mon métier pourrait-il évoluer avec ces nouvelles technologies ? »
Cela implique de développer non seulement des connaissances techniques, mais aussi des compétences qui reposent sur le jugement, la compréhension des situations, la créativité, la communication, les relations humaines et la capacité à s’adapter.
Ne pas chercher à prédire toute sa vie
L’une des sources d’angoisse dans l’orientation vient parfois du fait que l’on demande à une personne de prendre aujourd’hui une décision censée garantir son avenir pendant plusieurs décennies. Or, nous ne savons pas exactement qui nous serons dans dix ans. Nos intérêts évoluent. Nos priorités changent. Nos contraintes peuvent se transformer. Nous pouvons rencontrer des personnes qui modifient notre trajectoire ou découvrir des domaines que nous ne connaissions pas auparavant. Construire son orientation peut donc être davantage envisagé comme un processus que comme une décision unique.
Alors, que faire lorsque l’on est complètement perdu ?
La première étape peut être de ralentir. Avant de chercher immédiatement une nouvelle formation, il peut être utile de faire le point sur ce qui s’est déjà passé. Qu’est-ce que j’ai essayé ? Qu’est-ce qui m’a plu ? Qu’est-ce qui m’a déplu ? Dans quelles situations est-ce que je me sens compétent ? Quelles conditions de travail ne me conviennent absolument pas ? Qu’est-ce qui est important pour moi aujourd’hui ? Est-ce que je cherche réellement une orientation ou est-ce que je cherche surtout à répondre aux attentes de mon entourage ? Cette dernière question peut être particulièrement importante. Parfois, le sentiment d’être perdu ne vient pas uniquement d’un manque d’informations. Il peut aussi apparaître lorsqu’il existe un écart entre ce que l’on souhaite soi-même et ce que l’on pense devoir devenir.
Se faire accompagner pour mieux comprendre, plutôt que pour choisir à sa place
Un accompagnement psychologique ou un travail d’orientation peut permettre d’explorer ces différentes dimensions. L’objectif n’est pas nécessairement qu’un professionnel dise : « Voici le métier que vous devez choisir. ». Il peut plutôt s’agir de créer un espace permettant de réfléchir à son histoire, à ses expériences, à ses intérêts, à ses craintes, à ses représentations du travail et à la manière dont on se projette dans l’avenir. Parfois, derrière la question « Quelle formation dois-je choisir ? », se trouvent d’autres questions : « Est-ce que je suis capable ? » ; « Est-ce que je vais réussir ? » ; « Est-ce que j’ai le droit de changer d’avis ? » ; « Est-ce que je vais décevoir ma famille ? » ; « Comment savoir qui je suis ? ». Ces questions méritent elles aussi d’être entendues.
Conclusion : être perdu ne signifie pas être sans direction
Ne pas savoir immédiatement quelle voie prendre peut être une période inconfortable, mais elle peut également constituer une période de réflexion et de construction. Il n’est pas nécessaire d’avoir une vision parfaitement définie de toute sa vie pour avancer.
Parfois, il faut simplement commencer par identifier la prochaine étape, plutôt que de chercher à connaître tout le chemin.
Choisir une formation, expérimenter un domaine, rencontrer des professionnels, réaliser un stage, travailler quelque temps ou prendre un temps de réflexion peuvent devenir autant d’expériences permettant de mieux se connaître. Et surtout, changer de direction ne signifie pas nécessairement avoir échoué. Parfois, changer de voie signifie simplement que l’on a appris quelque chose sur soi. L’enjeu n’est donc peut-être pas de trouver immédiatement « le métier idéal », mais de construire progressivement un parcours qui puisse avoir du sens pour soi, tout en restant suffisamment ouvert pour évoluer avec les transformations du monde du travail.
Être perdu aujourd’hui ne signifie pas que vous le serez demain.
A bientôt pour un prochain article !

