Yousra ELFARKH 10 August 2026 • 14 vues

De l’enfance à l’âge adulte : comment nos premières expériences peuvent influencer notre vie psychique ?

De l’enfance à l’âge adulte : comment nos premières expériences peuvent influencer notre vie psychique ?

Lorsque nous pensons à l’enfance, nous avons parfois tendance à la considérer comme une période révolue, séparée de la vie adulte. Pourtant, notre histoire ne s’arrête pas avec l’entrée dans l’âge adulte. Les expériences vécues durant les premières années de la vie participent à la construction progressive de notre manière d’être au monde, d’entrer en relation avec les autres, de nous représenter nous-mêmes et de faire face aux événements de la vie.

Cela ne signifie évidemment pas que tout ce que nous vivons adulte serait déterminé par notre enfance. L'être humain évolue tout au long de sa vie, et de nombreuses expériences ultérieures peuvent modifier, enrichir ou remettre en question ce qui a été construit auparavant.

L'objectif de cet article est donc de proposer une compréhension générale du lien entre l'enfance et la vie adulte, en s'intéressant particulièrement aux interactions précoces, aux expériences relationnelles de la petite enfance et à la notion de schémas.

Il est important de garder à l'esprit qu'il s'agit d'une approche générale. Chaque personne possède une histoire singulière, et une même expérience vécue durant l'enfance peut avoir des effets très différents selon l'enfant, son environnement, les ressources dont il dispose et les événements qui surviennent par la suite.

L'enfance : une période fondamentale du développement psychique

L'enfance constitue une période particulièrement importante du développement. Durant les premières années de la vie, l'enfant découvre progressivement son environnement, développe ses capacités cognitives et émotionnelles, construit ses premières relations et commence à se représenter lui-même et les autres. Le bébé arrive au monde avec des compétences et des besoins qui vont évoluer au contact de son environnement. Il dépend alors largement des adultes qui prennent soin de lui pour répondre à ses besoins fondamentaux : être nourri, protégé, rassuré, contenu, stimulé et accompagné dans ses expériences.

Mais l'enfant ne reçoit pas seulement des soins matériels.

Il rencontre également un monde relationnel et affectif.

La manière dont ses besoins sont accueillis, la disponibilité des figures qui prennent soin de lui, les réponses apportées à ses émotions et les interactions quotidiennes constituent progressivement un environnement dans lequel son développement psychique peut prendre forme.

C'est dans ce contexte que l'on parle notamment des interactions précoces.

Que sont les interactions précoces ?

Les interactions précoces désignent les échanges qui se construisent entre le jeune enfant et les personnes qui s'occupent de lui, particulièrement au cours des premières années de la vie.

Elles peuvent sembler très simples : un regard, une voix, un sourire, un contact physique, une réponse aux pleurs, un moment de jeu, une manière de porter l'enfant ou de lui parler.

Pourtant, ces expériences répétées participent progressivement à la construction de ses premières représentations du monde relationnel.

Le bébé apprend peu à peu :

  • « Lorsque j'exprime quelque chose, quelqu'un répond-il ? »
  • « Puis-je me sentir en sécurité auprès de l'autre ? »
  • « Mes émotions peuvent-elles être accueillies ? »
  • « Puis-je compter sur quelqu'un lorsque je suis en difficulté ? »

Ces expériences ne sont évidemment pas conscientes sous la forme de pensées formulées. Elles s'inscrivent progressivement dans le développement affectif et psycho social de l'enfant.

L'importance de l'attachement

Les travaux sur l'attachement ont largement contribué à notre compréhension de ces premières relations. L'enfant a besoin de figures d'attachement suffisamment disponibles auprès desquelles il peut rechercher de la sécurité lorsqu'il est confronté à une situation nouvelle, à une peur, à une douleur ou à une émotion difficile.

L'objectif n'est pas que le parent soit parfait. Il n'existe pas de parent parfaitement disponible, parfaitement calme ou capable de répondre de manière adéquate à chaque moment de la vie de son enfant.

Ce qui semble particulièrement important est la possibilité d'une relation suffisamment sécurisante et d'une certaine capacité à retrouver un équilibre après les moments de décalage ou de difficulté. Autrement dit, une relation saine ne signifie pas l'absence totale de frustrations, d'erreurs ou de conflits.

Elle implique aussi la possibilité de réparer, de retrouver le lien et de permettre progressivement à l'enfant de développer ses propres capacités de régulation.

Lorsque l'enfant éprouve une émotion, que se passe-t-il ?

Imaginez un jeune enfant qui a peur.

Il pleure, cherche son parent et manifeste son inquiétude.

Le parent peut alors le prendre dans ses bras, lui parler doucement et l'aider à comprendre ce qu'il ressent.

Au fil des expériences, l'enfant peut progressivement intérioriser quelque chose comme :

  • « J'ai peur, mais je peux être aidé. »

Puis, progressivement :

  • « Je peux avoir peur et réussir à me calmer. »

À l'inverse, si certaines émotions sont systématiquement rejetées ou ridiculisées, l'enfant peut apprendre d'autres façons de réagir :

  • « Il ne faut pas montrer que j'ai peur. »
  • « Pleurer est quelque chose de mauvais. »
  • « Je dois me débrouiller seul. »

Encore une fois, cela ne signifie pas qu'une seule interaction va déterminer la personnalité future de l'enfant.

Ce sont les expériences répétées et leur contexte qui peuvent progressivement participer à la construction de certains modes de fonctionnement.

Article Recommandé
Comment puis-je me comporter avec mon enfant en crise d'opposition ?

Comment puis-je me comporter avec mon enfant en crise d'opposition ?

Avant même de parler de l’enfant, il me semble important de rappeler quelque chose d’essentiel :...

Lire l'article

De l'expérience répétée à la représentation de soi

L'enfant ne fait pas que vivre des expériences. Il construit progressivement des représentations à partir de celles-ci.

Par exemple, un enfant régulièrement encouragé et soutenu dans ses apprentissages peut progressivement développer le sentiment :

  • « Je peux essayer. »
  • « J'ai le droit de me tromper. »
  • « Je peux apprendre. »

À l'inverse, un enfant qui reçoit constamment des messages dévalorisants peut progressivement développer une représentation plus négative de lui-même :

  • « Je ne suis pas capable. »
  • « Je dois être parfait pour être apprécié. »
  • « Je vais forcément échouer. »

Ces représentations peuvent évoluer au cours de la vie. Elles ne sont pas des vérités absolues.

Mais lorsqu'elles deviennent profondément ancrées et qu'elles sont renforcées par différentes expériences, elles peuvent influencer la manière dont une personne interprète les événements à l'âge adulte. C'est notamment ici que la notion de schéma devient particulièrement intéressante.

Que sont les schémas ?

La notion de schéma occupe une place importante dans la thérapie des schémas développée par Jeffrey Young.

Un schéma peut être compris comme une manière profondément ancrée d'organiser son expérience : une représentation de soi, des autres et du monde qui influence la manière dont une personne interprète les situations qu'elle rencontre. Certains schémas peuvent se construire très tôt lorsque des besoins émotionnels fondamentaux n'ont pas été suffisamment satisfaits.

Parmi les schémas décrits dans la thérapie des schémas, on retrouve notamment :

  • l'abandon ;
  • la méfiance et l'abus ;
  • la vulnérabilité ;
  • la dépendance ;
  • l'échec ;
  • la carence affective ;
  • l'exclusion ;
  • l'imperfection ;
  • les exigences élevées ;
  • l'assujettissement ;
  • tout m'est dû.

Ces schémas ne sont pas nécessairement conscients.

Une personne peut par exemple être convaincue qu'elle « choisit toujours les mauvaises personnes » sans avoir conscience qu'elle reproduit certaines attentes relationnelles construites progressivement au cours de son histoire.

Comment un schéma peut-il se manifester à l'âge adulte ?

Prenons l'exemple du schéma d'abandon.

Une personne ayant connu, dans son enfance, des expériences répétées d'instabilité relationnelle peut devenir particulièrement sensible aux signes de distance ou de séparation.

À l'âge adulte, un message auquel son partenaire ne répond pas immédiatement peut alors provoquer une inquiétude importante.

Objectivement, le partenaire est peut-être simplement occupé.

Mais psychiquement, la situation peut être vécue comme :

  • « Il ne répond pas. Il s'éloigne. Il va probablement me quitter. »

La réaction émotionnelle peut alors être beaucoup plus intense que ne le laisserait penser la situation présente.

Cela montre une distinction importante : nous ne réagissons pas uniquement à ce qui se passe aujourd'hui, mais aussi à la signification que nous attribuons à ce qui se passe.

Les schémas influencent-ils nos relations amoureuses ?

Ils peuvent effectivement participer à la manière dont nous choisissons nos partenaires, interprétons leurs comportements et réagissons aux conflits.

  • Une personne ayant un schéma de carence affective peut avoir particulièrement besoin d'être rassurée.
  • Une personne ayant un schéma de méfiance peut avoir du mal à faire confiance.
  • Une personne ayant un schéma d'exigences élevées peut être très exigeante envers elle-même et envers son partenaire.
  • Une personne ayant un schéma de sacrifice de soi peut avoir tendance à privilégier systématiquement les besoins des autres au détriment des siens.

Mais il serait réducteur de dire : « Votre enfance explique tout. » Ce n'est pas le cas.

L'enfance n'est pas une condamnation

C'est probablement l'un des messages les plus importants à retenir. Comprendre l'influence de l'enfance ne signifie pas être condamné à reproduire son passé. L'être humain possède une capacité d'évolution considérable. Les relations, les rencontres, les expériences professionnelles, les amitiés, la parentalité, les événements de vie et parfois la psychothérapie peuvent contribuer à modifier progressivement certaines représentations.

  • Un adulte peut découvrir qu'il est possible de faire confiance.
  • Il peut apprendre à poser des limites.
  • Il peut découvrir qu'une erreur ne signifie pas qu'il est incapable.
  • Il peut expérimenter une relation dans laquelle ses émotions sont entendues.
  • Etc.

Ces nouvelles expériences peuvent progressivement venir nuancer des représentations anciennes.

Pourquoi certaines personnes ayant vécu des expériences similaires évoluent-elles différemment ?

C'est une question essentielle. Deux enfants peuvent vivre des événements relativement similaires sans développer les mêmes difficultés à l'âge adulte.

Pourquoi ?

Parce que le développement psychique dépend de nombreux facteurs.

Parmi eux :

  • le tempérament de l'enfant ;
  • les ressources personnelles ;
  • la qualité des relations avec différentes figures d'attachement ;
  • le contexte familial ;
  • l'environnement social ;
  • les expériences scolaires ;
  • les relations avec les pairs ;
  • les événements de vie ;
  • les capacités de résilience ;
  • les expériences positives rencontrées au cours du développement.

Il faut donc éviter toute lecture trop déterministe.

Article Recommandé
Comment comprendre le sens de la vie ?

Comment comprendre le sens de la vie ?

Les questions sur le sens de la vie sont multiples et peuvent parfois nous gêner. Comment la...

Lire l'article

Une expérience difficile peut constituer un facteur de vulnérabilité sans nécessairement entraîner une psychopathologie.

Les interactions précoces ne concernent pas uniquement les parents

Lorsque nous parlons des premières expériences relationnelles, il serait réducteur de se concentrer uniquement sur les parents. L'enfant évolue progressivement dans différents environnements. La famille élargie, la crèche, l'école, les frères et sœurs, les amis et les autres adultes significatifs peuvent tous participer à son développement. Au fur et à mesure que l'enfant grandit, son monde relationnel s'élargit. Il découvre d'autres façons d'être en relation et peut également rencontrer des expériences correctrices.

  • Un enseignant qui croit en ses capacités peut par exemple contribuer à modifier l'image qu'un enfant a de lui-même.
  • Une amitié sécurisante peut lui permettre de découvrir une nouvelle manière d'être avec l'autre.
  • Une relation thérapeutique peut également constituer un espace dans lequel certaines expériences émotionnelles peuvent être pensées et élaborées.

Et lorsque l'on devient parent ?

La question de l'enfance prend une autre dimension lorsque l'on devient soi-même parent. Certaines personnes découvrent alors que certaines réactions de leur enfant font résonner des expériences de leur propre histoire. Un parent peut par exemple ressentir une colère disproportionnée face aux pleurs de son enfant ou une inquiétude très importante lorsqu'il s'éloigne.

Cela peut parfois conduire à s'interroger :

« Pourquoi cette situation me touche-t-elle autant ? »

Cette réflexion ne doit pas être vécue comme une accusation envers les parents. Elle peut au contraire ouvrir un espace de compréhension. Comprendre son propre fonctionnement permet parfois de mieux distinguer ce qui appartient à l'enfant de ce qui appartient à sa propre histoire.

Pourquoi une psychothérapie peut-elle être utile ?

Lorsqu'une personne adulte souffre de difficultés répétitives dans ses relations, son estime d'elle-même ou sa manière de gérer ses émotions, il peut être intéressant d'explorer son histoire.

La psychothérapie peut permettre de mettre en lien certaines expériences passées avec des réactions présentes. Il ne s'agit pas nécessairement de rechercher un événement précis ou de trouver « la cause » de tous les problèmes.Le travail consiste plutôt à comprendre comment certains fonctionnements se sont construits et comment ils continuent éventuellement à influencer la vie actuelle.

Selon l'approche thérapeutique choisie, différentes méthodes peuvent être proposées. Dans la thérapie des schémas, par exemple, le thérapeute cherche à identifier les schémas et les modes qui participent aux difficultés actuelles, puis travaille progressivement à développer des réponses plus adaptées.

Dans une approche psychanalytique, l'exploration peut davantage porter sur les conflits psychiques, les mouvements inconscients, les relations et les expériences qui continuent à prendre sens dans le présent.

Une partie consciente et une partie inconsciente du psychisme

La psychologie clinique s'intéresse également à une dimension essentielle : tout ce qui nous influence n'est pas nécessairement conscient.

Nous pouvons connaître certaines de nos pensées et de nos émotions tout en étant influencés par des processus psychiques dont nous n'avons pas immédiatement conscience.

Une personne peut par exemple savoir rationnellement qu'elle est compétente tout en ressentant profondément qu'elle ne « vaut pas assez ». Elle peut comprendre qu'une relation est sécurisante tout en ressentant une peur intense d'être abandonnée.

Cette différence entre ce que nous savons consciemment et ce que nous ressentons peut constituer un matériau important du travail clinique.

La psychothérapie peut alors devenir un espace permettant de mettre en mots ce qui était jusque-là difficile à penser, de comprendre certaines répétitions et de construire progressivement de nouvelles possibilités.

Comprendre son histoire sans y rester enfermé

S'intéresser à son enfance ne signifie donc pas chercher quelqu'un à blâmer. Il ne s'agit pas non plus de considérer que chaque difficulté adulte serait nécessairement la conséquence d'un événement vécu pendant l'enfance. L'objectif est plutôt de comprendre la complexité de notre histoire.

Nous sommes constitués par une multitude d'expériences : celles que nous avons vécues, celles que nous avons interprétées, celles que nous avons oubliées, celles qui nous ont fait souffrir et celles qui nous ont permis de grandir.

Notre passé participe à notre construction, mais il ne résume pas qui nous sommes.

Conclusion : notre histoire nous influence, mais elle ne nous détermine pas

Les premières années de la vie constituent une période particulièrement importante dans le développement affectif, relationnel et psychique. Les interactions précoces, les expériences d'attachement, les relations familiales et les expériences vécues au cours de l'enfance peuvent participer à la construction de représentations de soi, des autres et du monde.

Certaines de ces représentations peuvent ensuite prendre la forme de schémas qui influencent la vie adulte : dans nos relations amoureuses, notre rapport au travail, notre confiance en nous, notre manière de gérer les conflits ou encore notre façon de faire face aux émotions.

Cependant, l'enfance n'est pas une sentence.

Notre fonctionnement psychique reste susceptible d'évoluer. Les nouvelles expériences relationnelles, les rencontres et le travail thérapeutique peuvent permettre de remettre en question certaines croyances profondément ancrées et d'expérimenter de nouvelles façons d'être au monde.

Comprendre son histoire n'est donc pas nécessairement chercher à vivre dans le passé.

C'est parfois, au contraire, mieux comprendre le présent pour pouvoir construire autrement l'avenir.


← Retour au Blog Prendre Rendez-vous

Articles Connexes

Comment faire la différence entre la tristesse, la déprime et la dépression ?
Yousra ELFARKH 27 Mar 2026

Comment faire la différence entre la tristesse, la déprime et la dépression ?

Comment faire la différence entre la tristesse, la déprime et la dépression ? Comprendre ces nuances est essentiel,...

Lire la Suite
Comment savoir quel professionnel consulter ? Comprendre les différences pour faire un choix éclairé !
Yousra ELFARKH 27 Apr 2026

Comment savoir quel professionnel consulter ? Comprendre les différences pour faire un choix éclairé !

Face à un mal-être ou une période difficile, il n’est pas toujours simple de savoir quel professionnel consulter....

Lire la Suite
Déficience intellectuelle : comprendre un fonctionnement neurodéveloppemental au-delà des idées reçues
Yousra ELFARKH 20 Jul 2026

Déficience intellectuelle : comprendre un fonctionnement neurodéveloppemental au-delà des idées reçues

La déficience intellectuelle est un trouble du neurodéveloppement qui apparaît au cours de la période développementale,...

Lire la Suite
WhatsApp